Spécialiste suisse du loup et des moyens de coexistence avec l’élevage, Jean-
Marc Landry est reconnu pour ses recherches sur le comportement des
meutes et l’usage des chiens de protection. Chercheur indépendant, il a mené
de nombreuses études en Suisse et en Europe sur l’adaptation du loup aux
milieux humanisés. Plaidant pour des solutions fondées sur la science plutôt
que sur la répression, il a contribué à améliorer les pratiques de protection des
troupeaux. Dans le Jura, il a accompagné Julien dans sa lecture du terrain et
ses observations, renforçant ensemble la compréhension du prédateur et de
ses interactions avec les éleveurs.
Originaire de Saint-Oyens, Julien n’est pas seulement un photographe qui observe les loups. Depuis son enfance, il nourrit une fascination pour ce prédateur. Depuis 2016, il en suit le retour avec une passion obsessionnelle qui a transformé sa vie. Responsable du suivi des loups pour la Fondation Jean Marc Landry, il est devenu un acteur central de cette histoire. Julien a installé 250 pièges-vidéo dans les forêts du Jura — un dispositif d’une densité inédite au monde sur une zone aussi restreinte. Grâce à ce réseau, il a capté des instants rares et bouleversants : des loups dormant au pied d’un sapin, des souilles où proies et prédateurs s’abreuvent à quelques minutes d’intervalle, un loup qui croise un promeneur avant de s’éclipser sans être vu, des louveteaux jouant devant l’objectif — les premiers filmés ici depuis deux siècles. Il a entendu leurs hurlements, suivi le corbeau, saisi la chevêchette chantant dans la nuit, capturé le souffle des sangliers traversant les clairières. Peu à peu, le Jura lui a livré son intimité. Mais Julien n’a pas seulement filmé les loups. Dans les chalets d’alpage, autour d’un café ou au détour d’une garde nocturne, il a écouté les bergers et les éleveurs. Leurs craintes, leur fatigue, mais aussi leur attachement profond à cette montagne. Lui-même a grandi avec eux. Les cloches des vaches ont bercé son enfance. Il se souvient des montées à l’alpage avec ses camarades d’école, de l’odeur des bêtes au petit matin, du fromage qui mûrissait dans les caves fraîches. Sans eux, le Jura n’aurait pas ce visage ouvert et lumineux. Ils en sont les gardiens autant que le loup en est l’habitant. Julien sait que l’équation est complexe. On ne peut pas dire aux éleveurs : « retirez vos vaches, laissez la place aux loups ». Pas plus qu’on ne peut dire : « abattez les loups, sauvez les troupeaux ». Les uns et les autres appartiennent à cette montagne. Le défi est de trouver une place pour chacun. Car le sauvage ne connaît pas de frontières ; celles-ci, c’est nous qui les avons tracées avec nos routes, nos villages, nos défrichements. Loups et éleveurs doivent sans cesse s’adapter. À travers son regard et ses images, Julien milite pour une cohabitation possible, convaincu d’une évidence : « le loup est là, il faut apprendre à vivre avec ».
Avec « son allure un peu penaude et sa tête de gamin», comme aime à le dire Julien, ainsi que son pelage très noir et ses taches sur les pattes avant, M95 qui a été surnommé « Gros Pépère » est le mâle reproducteur de la meute du Marchairuz. Il forme avec Boucle d’or un couple très soudé et complice, suivant la louve comme son ombre. C’est un loup très discret, à l’instar de sa compagne, qui évite le plus possible la proximité des humains. Cependant, lorsqu’il est entouré d’autres membres de la meute, il peut parfois s’enhardir et s’approcher des enclos. C’est avec lui que la meute de Boucle d’or s’installera dans les forêts du Jura suisse et tiendra le territoire le plus vaste jusque’à ce jour.
Venue des Alpes où elle aurait vu le jour, F74 surnommé Boucle d’or par les scientifiques est la première louve à s’installer dans le Jura vers 2014 avec son mâle « Gros-pépère » originaire de la même région. Elle se distingue des autres loups par son dos légèrement arqué, sa tête ronde et sa queue courte.. D’une nature timide et craintive, , c’est pourtant elle qui mène la meute du Marchairuz dont elle est la fondatrice et la femelle reproductrice. Gros-pépère, son premier compagnon, et plus tard Gélas, son second, marchent toujours derrière elle et suivent ses directives pour les déplacements de la meute, les attaques de proies et l’installation de la tanière. Boucle d’or évite au maximum le contact avec les humains, à l’exception de Julien, à la présence duquel elle finit par s’habituer au fil des rencontres. Elle n’a jamais cherché à s’approcher du bétail, préférant les proies sauvages pour se nourrir. Boucle d’or est aussi la matriarche de toutes les meutes qui se sont redéployées dans le Jura, 150 ans après l’extermination de son espèce dans la région. Malgré la réduction de son territoire ces dernières années, elle a maintenu sa présence avec détermination, surmontant les nombreux défis qui ont jalonné son existence.