Julien Regamey

Photographe animalier

Originaire de Saint-Oyens, Julien n’est pas seulement un photographe qui observe les loups. Depuis son enfance, il nourrit une fascination pour ce prédateur. Depuis 2016, il en suit le retour avec une passion obsessionnelle qui a transformé sa vie. Responsable du suivi des loups pour la Fondation Jean Marc Landry, il est devenu un acteur central de cette histoire. Julien a installé 250 pièges-vidéo dans les forêts du Jura — un dispositif d’une densité inédite au monde sur une zone aussi restreinte. Grâce à ce réseau, il a capté des instants rares et bouleversants : des loups dormant au pied d’un sapin, des souilles où proies et prédateurs s’abreuvent à quelques minutes d’intervalle, un loup qui croise un promeneur avant de s’éclipser sans être vu, des louveteaux jouant devant l’objectif — les premiers filmés ici depuis deux siècles. Il a entendu leurs hurlements, suivi le corbeau, saisi la chevêchette chantant dans la nuit, capturé le souffle des sangliers traversant les clairières. Peu à peu, le Jura lui a livré son intimité. Mais Julien n’a pas seulement filmé les loups. Dans les chalets d’alpage, autour d’un café ou au détour d’une garde nocturne, il a écouté les bergers et les éleveurs. Leurs craintes, leur fatigue, mais aussi leur attachement profond à cette montagne. Lui-même a grandi avec eux. Les cloches des vaches ont bercé son enfance. Il se souvient des montées à l’alpage avec ses camarades d’école, de l’odeur des bêtes au petit matin, du fromage qui mûrissait dans les caves fraîches. Sans eux, le Jura n’aurait pas ce visage ouvert et lumineux. Ils en sont les gardiens autant que le loup en est l’habitant. Julien sait que l’équation est complexe. On ne peut pas dire aux éleveurs : « retirez vos vaches, laissez la place aux loups ». Pas plus qu’on ne peut dire : « abattez les loups, sauvez les troupeaux ». Les uns et les autres appartiennent à cette montagne. Le défi est de trouver une place pour chacun. Car le sauvage ne connaît pas de frontières ; celles-ci, c’est nous qui les avons tracées avec nos routes, nos villages, nos défrichements. Loups et éleveurs doivent sans cesse s’adapter. À travers son regard et ses images, Julien milite pour une cohabitation possible, convaincu d’une évidence : « le loup est là, il faut apprendre à vivre avec ».